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Présidentielle: comment Bayrou devient le conseiller star d’Emmanuel Macron

Le 20.03.2017 à 11h12 Challenges. Maurice Szafran. Editorialiste invité.

En s’alliant à Emmanuel Macron qui semble en mesure de faire triompher la ligne « centrale » qu’il a toujours âprement défendu et ce, sans calcul électoral, François Bayrou se pose en homme politique dont le sens du devoir et de l’histoire dépasse la satisfaction égotiste.

Le paradoxe veut que François Bayrou exerce une influence considérable sur la scène politique et électorale depuis l’annonce de sa non-candidature.

Jacques DEMARTHON / AFP

Sur le compte de François Bayrou, les « professionnels de la profession », tous ceux qui commentent la politique en boucle, se sont, reconnaissons-le, gourés. Rongé depuis tant d’années par la maladie présidentielle, le maire de Pau serait à nouveau candidat, forcément. Raté. Une fois Bayrou allié, et non pas rallié, à Emmanuel Macron, les mêmes ont alors expliqué, avec tout autant de certitude, que le chef centriste serait d’abord un poids mort pour le leader d’En Marche. Raté, encore raté, avec d’ailleurs un effet immédiat: Bayrou a sur le champ apporté à Macron 3 à 5 points supplémentaires dans l’ensemble des sondages et études d’opinion, lui permettant ainsi de talonner Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle, infirmant ainsi la certitude selon laquelle la cheffe de l’extrême droite virerait forcément en tête. Pas mal pour Bayrou, ce « has been » de la politique selon quelques éditorialistes, en réalité interdits et furieux de l’émergence d’un pôle central qui contribuerait à la double explosion du PS et de LR. Briser le système bipolaire: voilà qui est insupportable à bien des responsables politiques et à quelques … journalistes d’influence…

Le paradoxe veut d’ailleurs que François Bayrou exerce une influence considérable sur la scène politique et électorale depuis l’annonce de sa non-candidature. « L’ancien » a notoirement renforcé la crédibilité de la nouvelle star politique. Nombre de Français s’interrogeaient en effet non pas au sujet du fameux programme – dont, par définition et avec l’expérience, ils se méfient – mais à propos de l’entourage Macron, de l’expérience et l’épaisseur de ceux qui travaillent aux côtés du candidat, le fournissent en conseils, projets et notes. L’arrivée de François Bayrou les a aussitôt rassurés.

Parce que la démarche du centriste n’est pas tactique. Elle ne correspond pas non plus à un calcul électoral. Quand il affirme n’avoir « rien négocié » avec Macron, ni portefeuilles ministériels pour ses proches, ni groupe parlementaire en faveur du Modem, Bayrou dit vrai. Avec son cadet, désormais favori de l’élection présidentielle, il s’est contenté de vérifier si tous deux partagent une vision commune de la société, du système politique à mettre en place – notamment dans son rapport à l’argent -, des valeurs à préserver pour défendre une même conception de la République à la française. Il était aussi nécessaire de vérifier si la laïcité façon Bayrou, d’application plutôt stricte, s’accommoderait de la vision plus « libérale » que, jusque-là, Macron a volontiers privilégié et défendu. Ils n’ont guère tardé à constater que leurs quelques divergences, car bien sûr elles existent, ne pèsent guère comparées à leurs multiples convergences.

Quand la politique retrouve parfois une part de noblesse

Ces convergences, précisément, ont « interdit » à Bayrou de postuler une nouvelle fois. Un autre candidat, Macron en l’occurrence, semble en mesure de faire triompher la ligne « centrale » qu’il défend avec âpreté depuis deux décennies. Le centriste a le sens du devoir et de l’histoire. Une éventuelle victoire, avec pareille signification, est tout de même plus décisive que la seule satisfaction égotiste d’un personnage aussi important soit-il. C’est à ce constat que François Bayrou s’est rangé. C’est pour cela que, sans manière, il s’est mis au service d’Emmanuel Macron. La politique, parfois, retrouve un sens et, osons le mot, une part de noblesse.

Donc chaque jour, ils confrontent idées et points de vue. Bayrou a par exemple conforté Macron dans son choix de ne pas ouvrir sa porte grand et sur le champ aux socialistes. Ce serait en effet une bévue majeure d’accréditer cette idée que la droite et François Fillon véhiculent volontiers selon laquelle le candidat d’En Marche serait « l’enfant légitime » de François Hollande. Pour élaborer une stratégie cohérente, pour éviter de se laisser emporter, Bayrou est un partenaire idéal. Et le duo pourrait se transformer en trio dès lors que Jean-Yves Le Drian le compléterait. Selon nos informations, cela ne saurait plus tarder.

Dépasser le clivage droite-gauche

François Bayrou sera également de bon conseil à propos de la nouvelle interrogation qui hante lesdits « professionnels de la profession »: élu, Emmanuel Macron serait-il en mesure de disposer d’une majorité parlementaire? La réponse non formulée, mais ils apprécieraient que les Français n’en doutent pas, c’est non, à l’évidence non. Ce sous-entendu ne manque d’ailleurs pas de perversité puisqu’il s’agit en fait de laisser accroire que seul François Fillon pourrait obtenir le soutien d’une majorité présidentielle selon les formes traditionnelles en Ve République – la domination écrasante, sans partage, du grand parti de la droite républicaine ou celle du Parti Socialiste. Après l’exigence monomaniaque du programme, voilà qu’il s’agit d’apeurer en masse: Macron président, ce serait l’assurance de s’en retourner à l’instabilité chronique, parlementaire et gouvernementale, de la … IVe République – la majorité des Français ne se doutant d’ailleurs en rien du caractère apocalyptique d’une telle prévision… Or Bayrou n’y croit pas. Son expérience – on y revient – le pousse même à pronostiquer l’inverse.

Pour mieux en convaincre Macron, pour le rassurer sans doute, le centriste choisit d’excellente références, François Mitterrand en l’occurrence, et plus précisément encore une remarque faite quelques semaines avant sa première victoire en 1981: « Est-ce que vous croyez les Français assez bêtes pour m’élire président de la République en mai et me refuser la majorité pour gouverner en juin »? La réponse, selon Mitterrand, serait incluse dans la question. Mais alors quelle majorité, avec qui, rétorquent sachants et savants de la politique ? En s’appuyant d’abord sur les élus PS? En accélérant la décomposition des partis présumés « traditionnels »? Bayrou, lui, en revient au concept de base, celui qui autorise et impose le dépassement du clivage droite-gauche. Lisons-le avec attention notamment parce qu’Emmanuel Macron, éventuel prochain chef de l’Etat, raisonne de façon identique: « La cohérence parlementaire sera beaucoup plus facile à trouver que dans une prétendue majorité de gauche qui ne s’entend sur rien et dans une prétendue majorité de droite qui ne s’entend sur rien non plus. Il n’y a qu’une majorité cohérente, c’est une majorité centrale. Elle n’a jamais été essayée ».

De l’intérêt d’un conseiller chenu…

 

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