JLBennahmias
 

« Il faut plus d’ambition » dit Jean-Luc BENNAHMIAS

Vice-président du MoDem et député européen pour la circonscription du Sud-Est (Rhône-Alpes, Paca et Corse), Jean-Luc Bennahmias considère que l’affaire d’espionnage de l’UE par les États-Unis est grave. Et que l’Union européenne doit se montrer plus ambitieuse.

LA GAZETTE : Une affaire d’espionnage, visant l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) pollue les relations entre les États-Unis et l’Union européenne. Est-ce grave, comme le pensent certains, ou faut-il relativiser, puisque tout le monde s’espionne ?

JEAN-LUC BENNAHMIAS : Je considère que cela est très grave. On ne peut pas mettre sur le même plan l’espionnage réalisé par les Américains et celui des Européens. Les premiers disposent de moyens colossaux. Les seconds ne sont pas coordonnés entre eux. Il n’y a pas de politique d’espionnage à l’échelon européen. Que la France espionne les États-Unis, comme le disent des spécialistes du renseignement, je veux bien le croire. Mais les moyens ne sont en rien comparables. Les Américains disent que ce système d’espionnage est une façon de lutter contre le terrorisme, mais l’argument ne me semble pas vraiment recevable.

Ces révélations tombent au moment où les États-Unis et l’Union européenne sont en pleine phase de négociations sur leurs échanges commerciaux…

Les centristes européens considèrent que ces échanges sont beaucoup trop déséquilibrés. Nous le disons depuis un certain temps. Donc, cette affaire d’espionnage ne tombe finalement pas si mal. C’est peut-être un mal pour un bien. Car il est évident que ces révélations ne peuvent pas rester sans conséquence. Il faut que ces accords sur les échanges commerciaux soient rééquilibrés. Cela prendra peut-être cinq ans, dix ans, mais c’est vraiment souhaitable et nécessaire.

La Croatie est le 28e État à intégrer l’Union européenne…

(Il coupe) C’était inévitable. C’est une obligation. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, plusieurs pays d’Europe de l’Est ont intégré l’Union européenne : la Pologne, la République tchèque, la Slovénie, la Slovaquie, la Bulgarie, la Roumanie, les trois pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie). Aujourd’hui, c’est la Croatie et demain, ce sera au tour de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine. On ne peut pas refuser ça aux peuples.

La Croatie est un pays très durement touché par la crise. Son intégration sera-t-elle compliquée ?

Cela ne sera pas forcément simple. Il y a un taux de chômage assez élevé (20 %), et je ne pense pas que son entrée dans l’UE aggravera les choses (rires). Plus sérieusement, la Croatie est un pays démocratique, il n’est pas très peuplé et je ne pense pas que son arrivée dans l’UE plongera celle-ci davantage dans la crise. Ce que je crains, c’est une détérioration de l’idée européenne auprès des peuples. Si M. Barroso continue de dire des énormités, si on fait comme à Chypre en allant ponctionner les petits épargnants, cela risque de crisper un peu plus les populations. L’Union européenne doit être capable de créer une véritable entité fiscale, sociale et économique.

Vous n’avez de cesse de critiquer le budget européen (2014-2020). Est-il trop austère à votre goût ?

Complètement. Si au moins il avait été égal au budget précédent… Or, celui qui a été adopté est un budget d’austérité, sans ambition. Le compte n’y est pas. Le ministre des Affaires européennes ne peut pas nous faire croire que l’aide aux plus démunis ou les 6 milliards d’euros pour la formation des jeunes, débloqués pour six ans au niveau européen, sont suffisants. J’aurais préféré un budget plus ambitieux, en mettant en place une vraie politique énergétique, de recherche, de transport, etc. On me parle de crise, mais l’Union européenne n’est pas endettée pour un euro ! Il n’y a pas de déficit public au niveau de l’UE. Le budget européen devrait être de 1,24 % du PIB par nation. Ce qui est vraiment inquiétant et regrettable, c’est que certains projets soient interrompus. C’est une hérésie. Je pense notamment à certaines lignes ferroviaires. Cela va pénaliser beaucoup de territoires. C’est l’exemple type du manque d’ambition et de projection. Je veux bien que l’on fasse preuve de rigueur, mais pas d’une telle austérité. C’est en ayant un vrai programme économique que nous pourrons créer des emplois, ce qui entraînera de la consommation, génèrera impôts et TVA…

Vous souhaitez que soit mise en place la taxation des transactions financières, pour apporter de nouvelles ressources propres. Cela ne semble plus guère d’actualité…

Oui, et c’est vraiment dommage. Il en était question et depuis, certains freinent. C’est pourtant une très bonne solution. Mais les ultralibéraux y sont hostiles, tout simplement parce qu’ils sont encore et toujours persuadés que l’économie se régule toute seule, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Nous avons besoin de systèmes de régulation. Michel Barnier (NDLR : Commissaire européen au marché intérieur et aux services) tente de faire avancer les choses. Vous savez quel est son surnom à Bruxelles ?

Non…

Le Che ! Michel Barnier, aux yeux de certains ultralibéraux, passe pour un gauchiste. C’est vous dire l’état d’esprit qui règne à Bruxelles. Au moins, Barnier essaye, il joue le jeu. Il est un des seuls à défendre l’idée de réguler les marchés financiers. Il est hélas dans une position minoritaire…

Êtes-vous aussi critique que les socialistes à propos de l’Allemagne et de la chancelière Angela Merkel ?

Non, mais Madame Merkel, qui est une personne très intelligente, joue davantage sur des éléments temporels que des éléments structurels. Ce qui n’est pas vraiment étonnant, puisqu’elle va bientôt entrer dans une période électorale.

Faut-il présenter des listes communes avec l’Union des démocrates et indépendants (UDI) lors des élections européennes de 2014 ?

Je suis favorable à des listes soutenues par le MoDem. Mais je constate surtout que l’UDI a du mal à sortir de son alliance avec l’UMP. Et si cela doit perdurer, je ne pense pas que nous ayons grand-chose à faire avec l’UDI, à qui Jean-François Copé, le président de l’UMP, fait d’incessants appels du pied.

Que craignez-vous lors de prochaines élections européennes ?

L’abstention, qui serait à mon avis un vrai échec. Si en France, nous parvenons à faire voter 30 % des électeurs, c’est que nous aurons bien travaillé. Je pense qu’un fort taux d’abstention serait encore plus dommageable qu’un vote pour les partis extrêmes.

Interview du 04/07/2013 paru dans la Gazette de Côte-d’Or, à lire …ici…

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